Portrait de Sébastien BOSSARD, CEO d’HYPRED – Les Echos 15/05/2017

Les Echos n° 22445 / lundi 15 mai 2017 / Carnet – Portrait

Sébastien Bossard, le patron décapant d’Hypred

La barbe est taillée, le costume, élégant. Mais l’homme est atypique. Sébastien Bossard joue de la guitare, compose des chansons de rock, a même une quinzaine de titres à son actif…
Mais il se garde bien de se produire devant les salariés d’Hypred. Et cela ne risque pas de changer. Car Sébastien Bossard pilote désormais un groupe qui a doublé de taille après le rachat, en avril, de l’allemand Anti-Germ. Réunis, ces deux fabricants mondiaux de détergents et désinfectants pour l’industrie et l’agriculture comptent 800 personnes et 16 sites de production en France et à l’étranger.
Pas de quoi effrayer ce patron qui effectue déjà une trentaine de déplacements professionnels par an, tissant, au passage, de solides amitiés en Argentine ou encore en Turquie. « J’aime le partage, les gens et la valeur du collectif », dit-il. Ce goût prononcé pour les autres lui vient tout droit de son enfance. « Mes deux parents étaient issus de familles nombreuses. J’ai moi-même trois frères et je suis le père de cinq jeunes enfants de quatorze à deux ans », ajoute cet ingénieur diplômé de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers et, depuis un an, président de l’Afise, l’Association française des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle.
Son cursus universitaire achevé en 1998, ce quadragénaire – il a quarante-deux ans – s’est immédiatement vu embaucher par le groupe coopératif Caval (désormais intégré à Terrena) comme cadre dans la meunerie.

Du pain sur la planche

Très vite, ce fils de deux professeurs de biologie est devenu directeur d’une petite unité, formée d’une quinzaine de salariés spécialisés dans la création de mélanges d’ingrédients pour la boulangerie. Et sept ans plus tard, il rejoint le groupe industriel Roullier pour prendre la direction commerciale France de sa filiale Hypred, dont le siège social est à Dinard sur un site classé Seveso. « Il y a une vraie similitude entre mes activités précédentes dédiées au mélange d’ingrédients et celles d’Hypred, où l’on réalise aussi des mélanges chimiques pour la détergence », soutient le dirigeant, qui, de cette entreprise a gravi tous les échelons. Il passe à la direction commerciale de l’Europe, avant de devenir directeur général de l’entreprise en 2010, puis son président en 2014. Un poste qu’il a conservé malgré le changement d’actionnaire fin 2016 d’Hypred, désormais dans le giron du fonds Ardian.

Néanmoins, ce passionné de cuisine, aux fourneaux chaque week-end pour préparer des repas qu’il veut « beaux et bons », histoire de « forger le goût de ☻ [ses] enfants dans des assiettes présentées comme dans un restaurant », a failli complètement changer d’orientation. Avant de rejoindre Hypred, il était en pourparlers pour reprendre une boulangerie artisanale près de Dinan. La transaction ne s’est pas faite.
Aujourd’hui, Sébastien Bossard le regrette d’autant moins qu’il a devant lui… du pain sur la planche.
Le défi est de taille pour « qu’Hypred puisse atteindre un chiffre d’affaires de 300 à 500 millions d’euros dans les cinq prochaines années, à comparer aux 180 millions d’euros actuels », précise-t-il.
Rien ne le fera cependant abandonner la musique, qui occupe son esprit depuis l’âge de douze ans. Il a même prévu, en octobre prochain, d’accompagner l’un de ses frères également musicien lors d’un concert dans une petite salle de spectacle à Angers. Ce lecteur de biographies est aussi un fan de BD, ses goûts sont très éclectiques puisqu’ils vont de Tintin aux mangas.
L’été, la famille Bossard au grand complet prend le large. « On est allé l’an dernier à Dubaï pour quelques semaines, l’été prochain on ira tous au Portugal avant un autre voyage prévu à Singapour. » Cet appétit pour le grand large lui vient aussi de ses jeunes années : « Avec nos parents, on partait tous en camping-car pendant des semaines, c’est ainsi que nous avons visité l’ensemble de l’Europe », se souvient le président d’un groupe plus que jamais international.
Correspondant à Rennes
par Stanislas Du Guerny